Chronique de deux journalistes françaises en Tunisie

[Article publié sur le site webdo.tn, en collaboration avec Laure-hélène Bonenfant]

Aujourd’hui, cela fait plus de deux mois que nous sommes en Tunisie. Nous apprenons chaque jour de nouvelles choses, sur le journalisme, les méthodes de travail, le fonctionnement, etc. Mais nous apprenons aussi beaucoup d’autres choses, dont certaines surprenantes…

En Tunisie, nous découvrons des aspects d’une culture qu’on ne connaissait pas, une certaine manière de vivre. Nous faisons des découvertes passionnantes comme le fait de prendre un taxi tunisien pour la première fois et y survivre après une randonnée à travers les voitures. Et la générosité des gens aussi, la facilité avec laquelle ils nous parlent et nous accueillent chez eux.

Les transports : le parcours du combattant

Etant logée en banlieue et me rendant quotidiennement au centre-ville de Tunis, deux solutions se présentaient à moi pour y aller : le métro ou le taxi. Il faut savoir que le métro ici est ce que l’on appelle Tram en France. Ce vieux train circule donc en plein air et s’arrête pour laisser passer les voitures. Plutôt étonnant venant d’un métro, en France nous ne sommes pas habitués à autant de courtoisie. Prendre le métro ici, c’est un peu le parcours du combattant, il faut l’avouer.

Le but est simple, il faut réussir à se faufiler entre les gens pour rentrer dedans sans se retrouver coincé par les portes. Lorsque les portes se referment sur toi, c’est très douloureux, elles triomphent sans trop de difficulté. C’est vrai qu’en France on a souvent un métro bondé, mais croyez-moi, les métros français ne sont rien à côté de la foule dans les métros tunisiens.

D’autant plus qu’il n’y a aucune indication d’horaire pour l’arrivée du métro, donc croisez les doigts pour ne pas arriver en retard au boulot. Généralement, le matin, nous avons le rituel de laisser passer deux voire trois métros avant d’en prendre un. Oui, oui, il est impossible d’y entrer, surtout quand on n’a pas l’habitude de devoir bousculer les gens qui, à l’intérieur, restent devant les portes et bloquent donc l’accès (sûrement de peur de ne pas réussir à descendre à leur arrêt). Ah, ce qu’on a pu le détester le métro français, et surtout le parisien, mais là, j’avoue qu’il me manque un peu.

Le remake de Taxi ou Fast and Furious

Deuxième solution donc, le taxi. En France j’ai dû le prendre deux ou trois fois dans ma vie, et pour cause, ça coûte trop cher… Ici j’ai été surprise du prix des taxis lorsqu’on m’a conseillé de le prendre. Les tarifs sont très abordables et c’est aussi plus pratique. Je dis ça maintenant, mais au début je ne disais pas la même chose. La première fois que j’ai pris un taxi ici, j’ai eu l’impression de vivre le remake de Taxi ou Fast and Furious. Le côté positif, c’est qu’on arrivait très vite à destination !

Maintenant, Je commence à m’y habituer et je n’ai plus l’impression que je vais mourir toutes les deux secondes. Par contre, je n’arriverai jamais à me faire à la circulation ici. On se demande à quoi peuvent bien servir les panneaux de signalisation ! Les feux rouges sont régulièrement grillés et les stops sont tout bonnement invisibles au regard tunisien, mais la crème de la crème, ce sont les ronds-points. Les gens ne cèdent jamais le passage et il leur arrive même de prendre le rond-point en sens inverse, pour ne pas avoir à attendre ! Ici, je ne me risquerais pas à conduire, j’emboutirais la voiture au bout de 3 secondes. Je pense que si on arrive à conduire dans Tunis, on peut conduire dans n’importe quelle autre ville du monde.

Il arrive qu’un jeune homme entre tranquillement par la fenêtre

Dans les taxis on a l’impression d’être dans un rallye où les ceintures sont prohibées, les panneaux de signalisation un simple décor et les autres automobilistes inexistants et dans le métro on s’agrippe à ce que l’on peut en essayant de ne pas tomber sur les personnes (très) collées à soi. La seule façon de pouvoir respirer est de mesurer 1,85 mètre. Au bout de deux mois, la peur de mourir en taxi a enfin disparu. Les panneaux « Stop » ont cessé de me terrifier. Je commence même à m’habituer à la vitesse et traiterais presque d’escargots les véhicules qui roulent « normalement ».

Autre expérience unique : le TGM. Lorsque l’envie nous prend d’aller à La Marsa, on se dit que le plus simple est encore de prendre le TGM. On entre dedans, il fait chaud, il y a beaucoup trop de monde et on ne sait jamais quand il va enfin démarrer. Après une vingtaine de minutes, généralement, il se décide mais il n’y a pas moyen de fermer les portes. C’est rassurant… Il arrive parfois qu’un jeune homme entre tranquillement par la fenêtre après avoir grimpé sur le train. Normal.

Un grand cocon familial

Ce qui me touche énormément ici, c’est l’hospitalité des Tunisiens. Sans trop vouloir comparer puisque chaque pays est différent et possède sa propre culture, je pense tout de même que les Tunisiens sont plus accueillants et plus chaleureux que la plupart des Français. Non pas que les français soient asociaux mais notre mode de fonctionnement est différent. Nous avons plus de réserve concernant les gens que nous ne connaissons pas.

A l’inverse, en Tunisie, les gens t’accueillent à bras ouverts sans même te connaître. J’ai la sensation d’être dans un grand cocon familial. Petit exemple, nos propriétaires nous amènent régulièrement des choses à manger, couscous, gâteaux et même du thé à la menthe. En France, le seul contact que nous ayons avec notre propriétaire c’est au moment de payer le loyer.

« Françaises ? » -Oui. » Et là, c’est un grand sourire. La plupart des Tunisiens sont plutôt heureux que l’on vienne chez eux. Ils sont fiers de leur patrimoine culturel et nous indiquent tel ou tel endroit à voir. Ils souhaitent que l’on découvre leur culture et leur langue. Même si la langue, n’est vraiment pas facile.

« Cela fait bizarre de savoir qu’une région du pays
dans lequel on vit est impactée directement par le terrorisme »

Crédit photo : Khaled Nasraoui

Je suis ici pour trois mois, pour tenter, en si peu de temps, de comprendre, de découvrir la Tunisie et d’apprendre. J’essaie d’écouter toutes les voix qui se divisent sur les questions politiques, les sujets de société. J’essaie de comprendre, d’entendre, d’analyser les avis.
L’attaque du Bardo a eu lieu deux semaines avant mon arrivée. Je suivais les nouvelles de l’autre côté de la méditerranée mais je n’ai jamais vraiment eu peur. La menace terroriste pèse partout dans le monde. On ne peut pas s’arrêter de vivre pour autant, on ne peut pas paralyser un pays.

Mon deuxième jour de stage a été ponctué par une attaque terroriste à Kasserine, il est vrai que cela fait bizarre de savoir qu’une région du pays dans lequel on vit est impactée directement par le terrorisme. On ne réalise pas vraiment jusqu’à ce que l’on doive traiter l’information. Il faut apprendre à prendre le recul nécessaire. Lors de l’attaque du Bardo, j’ai été aussi touchée que les attentats de Charlie Hebdo. Je crois que nos angles de vues sur ce genre d’événement changent selon nos destinations et nos lieux de vie. J’allais me rendre en Tunisie, du coup je me sentais concernée.

« Les gens balaient devant leur porte sans pour autant ramasser »

Crédit photo : Laure-Hélène Bonenfant

Ce qui surprend le plus en Tunisie se sont les amas de déchets que l’on peut trouver un peu partout. Les gens balaient devant leur porte sans pour autant ramasser. Ils se contentent de pousser les ordures sur le côté et on peut se retrouver assis à la terrasse d’un café, un samedi après-midi avec un sac en plastique ou une page de journal qui se colle à la chaise.
C’est dommage de gâcher le paysage de ce pays qui a tout à offrir. Il serait en effet plus agréable si on ne devait pas regarder où l’on marche. Par exemple, à La Marsa, j’aimerais pouvoir marcher sur la plage sans avoir peur de me tailler les pieds à cause de morceaux de verre de bouteilles cassées et jetées là.

« Niveau administrations, nous sommes à égalité »

En discutant avec certains Tunisiens, je me suis rendue compte qu’il existait un problème administratif en Tunisie concernant les visas. Il est très difficile pour les Tunisiens de se déplacer dans des pays étrangers à cause du visa. Les demandes sont souvent très longues et compliquées au niveau des démarches. J’ai été étonnée lorsqu’on m’a raconté que pour un déplacement d’une ou deux journées en France par exemple, ils avaient obligatoirement besoin d’un visa qui lui allait nécessiter des semaines. Pour ma part, je n’ai pas eu besoin d’en faire un pour séjourner trois mois ici, seul le passeport suffit.

Par contre, niveau administrations, nous sommes à égalité. c’est tout autant compliqué en France qu’en Tunisie. La paperasse administrative est un véritable calvaire, quel que soit le pays. L’administration n’a pas de nationalité, apparemment !

Laure-Hélène Bonenfant et Elodie Potente

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