L’austérité, stérile ?

[Publié sur infosansfiltre le 14 septembre 2015]

Avortement, travail,  retraites (…) autant de droits fondamentaux  qui ont été remis en cause par les mesures d’austérités pratiquées dans certains pays européens suite à l’effondrement économique qui est parti des États-Unis et s’est propagé tel l’effet papillon dans le monde entier.

«Aucun d’eux ne veut rester en Grèce. Ils savent tous qu’il n’y a pas de travail ici », titre Libération ce lundi 14 septembre après l’arrivée de dizaines de migrants sur les côtes grecques. L’Europe connaît des temps difficiles depuis le début de la crise économique en 2008. Si la Grèce a été mise sous le feu des projecteurs comme une des nations qui a le plus souffert de ce naufrage continental, une multitude d’autres pays n’ont pas trouvé de canots de sauvetage.

« C’est la crise ! », voilà ce que tout le monde clame depuis 2008. L’Europe va mal, très mal, et si certains semblent se rassurer en se disant que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, d’autres subissent encore et toujours. Les politiques d’austérités poussent en Europe comme de la mauvaise herbe. Souvent présentées comme une échappatoire inévitable à la crise, plusieurs rapports ont cependant prouvé leur inefficacité.

Outre le fait qu’elles ne sont ni une solution à la crise économique, ni une solution à la crise sociale qui sévit en Europe, elles portent également atteinte à certains droits humains fondamentaux.

L’Espagne en est la preuve. Le mercredi  9 septembre, le Sénat espagnol a approuvé une réforme dans la loi sur l’avortement. Après trois heures et demie de débat, 145 voix pour et 89 contre, cette réforme interdit à une mineure d’avorter sans l’autorisation de ses parents. Le pays avait durement gagné le droit à l’IVG en 2010, après avoir été divisé sur la question. Ainsi, chaque femme avait le choix d’interrompre sa grossesse jusqu’à 14 semaines (22 pour une malformation du fœtus) sans aucun compte à rendre.

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Rajoy, le conservateur

Mariano Rajoy a débarqué comme un Ovni dans un pays très avancé au niveau des droits sociaux (avortement en 2010, PMA en 2006, mariage gay en 2005) et en bon conservateur il a remit en question le droit à l’avortement en 2014.

Le Premier ministre espagnol a proposé une loi à la Romney, souhaitant n’autoriser le droit à l’avortement qu’en cas de viol ou de danger pour la mère. La loi n’est pas passé mais le droit à l’avortement a été touché et la nouvelle réforme devrait entrer en vigueur courant septembre, mettant en danger les 9 % d’adolescentes qui ont peur de parler de leur grossesse à leurs parents. Ce chiffre peut paraître dérisoire mais il met en lumière le pourcentage de mineures qui pourrait alors courir le risque d’aller avorter clandestinement dans un autre pays ou de porter à terme une grossesse non désirée.

Le 21 juillet 2015, le Portugal a lui aussi fait un pas en arrière quant au droit à l’avortement. Les frais sont désormais à la charge de la patiente. En 2007, le pays avait décidé de permettre aux femmes de se faire avorter sans frais (alors pris en charge par l’État) jusqu’à 10 semaines de grossesse. Mais tout n’est pas rose non plus dans l’hexagone : en janvier 2015 on a à la fois célébré les 40 ans de la loi Veil et constaté la fermeture de nombreux centres pratiquant des IVG.

Le Royaume-Uni en contre exemple

Au Royaume-Uni, la politique du premier ministre conservateur David Cameron, en fonction depuis 2010, a creusé les inégalités sociales. Un rapport de la Social Market Foundation, publié en mars 2015, a prouvé que les 20 % des britanniques les plus riches se sont enrichis de 64 % entre 2005 et 2012. Quant aux 20 % les plus pauvres, leurs salaires ont diminué de 57 %.

En 2014, une enquête parlementaire indépendante mettait l’accent sur le problème de la faim. En 2011/2012, le nombre de personnes recourant à l’équivalent des Restos du Cœur en Angleterre était de 128.697, et en 2013/2014 le chiffre est passé à913.138, soit sept fois plus en moins de cinq ans.

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D’après une étude menée au premier trimestre 2015 par  la Fédération Européenne des Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri,  le nombre de sans-abris à Dublin, capitale irlandaise, a augmenté d’environ 50 %. Alan Kelly, ministre de l’environnement en Irlande, devrait délivrer un plan de 60 millions d’euros pour aider les sans-abris.

Les questions sociales au second plan

« Bruxelles, 3 juillet 2015. L’Association européenne pour la défense des droits de l’Homme (AEDH) considère que la situation actuelle de la population en Grèce constitue une violation sans précédent des droits de l’Homme en temps de paix. Cet affaissement des conditions d’existence de la majorité d’un peuple est dramatique et unique dans la construction européenne. », cite la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen sur sa page internet.

En Grèce, près de 2,5 millions de personnes n’ont pas accès aux soins. Suite à la politique d’austérité, des maladies comme la tuberculose ou le paludisme ont refait surface. Le nombre de personnes contaminées par le VIH a fortement augmenté depuis 2008 (bien qu’il ait baissé en 2014 et que l’OMS ait voulu faire croire en 2013 que les Grecs s’inoculaient le virus pour toucher l’indemnité correspondante).  L’usage de l’héroïne a augmenté de 20 % entre 2010 et 2011, notamment chez les jeunes, frappés par un taux de chômage de 40 %.

Un rapport State watch paru en 2015 a fait état de l’accès catastrophique aux soins dans plusieurs autres pays européens. A Chypre, dirigé par le conservateur Nikos Anastasiadis, l’accès à la sécurité sociale est possible pour les chypriotes et européens résidents permanents qui paient une assurance médicale depuis au moins trois ans. Les délais d’attente pour un rendez-vous dans un hôpital public peuvent aller jusqu’à 7 mois. Autre exemple, l’Espagne, où l’accès à l’assurance maladie dépend du travail de la personne.

La Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable a sorti un document de travail en 2012 sur la question des pensions de retraites décentes pour tous. Le document se base sur les situations de l’Estonie (ou le salaire minimum est de 390€ par mois), du Portugal (ou le salaire minimum est de 589 € par mois) et le rapport de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

« La discrimination et la stigmatisation liées à l’âge sur le marché du travail, les baisses de pension disproportionnées, l’existence et l’adéquation de services de soins de longue durée et la maltraitante des personnes âgées sont des préoccupations majeures. Les femmes âgées sont particulièrement vulnérables aux effets de la crise car leur revenu/pension est souvent beaucoup moins élevé que celui des hommes, du fait de la discrimination cumulative »,expose un document publié par le Commissaire au droit de l’homme du Conseil de l’Europe. 

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l’Austérité, un histoire d’horreur. Manifestation du 31 octobre 2014

Une retraite remise en question

Bien entendu, en trois ans, rien ne s’est amélioré puisque l’âge des départs à la retraite à souvent augmenté dans les pays pratiquant une politique d’austérité et les pensions de retraite ont quant à elle diminuées significativement.

L’Allemagne, qui fait partie des exemples à suivre en matière de politique d’austérité (seulement 4,7 % de chômage en avril 2015), va repousser l’âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans d’ici à 2029. De plus, pour bénéficier d’une retraite à taux plein chez nos amis germaniques, il faut avoir cotisé au minimum 45 ans. Même topo pour le Portugal où la retraite est passée de 62 à 65 ans, mais où il faut un minimum de 40 ans de cotisation pour bénéficier de 30 % de la rémunération mensuelle (durant la période de travail).

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Au jeu de l’âge de départ à la retraite, les pays européens, ayant une politique d’austérité ou pas, sont assez changeants. La moyenne est de 63/65 ans.

Les discriminations au rendez-vous

« En Grèce, le Médiateur a indiqué que la crise économique affectait la participation des femmes au marché du travail. La crise a eu pour conséquence directe le licenciement de certaines femmes pendant ou peu après leur congé maternité ou l’obligation qui leur a été faite de travailler à temps partiel », dénonce un rapport publié par la Commission sur l’égalité et la non-discrimination du Conseil de l’Europe.

La peur de perdre son emploi ou de passer à côté d’une embauche éventuelle peut amener à supporter un climat de harcèlement sexuel. Dans un entretien au Figaro en janvier 2014, Marylin Baldeck, secrétaire générale de l’Association européenne des violences faites aux femmes au travail (AVFT) dénonçait ces pratiques peu scrupuleuses de la part des patrons.  Face à un marché de l’emploi particulièrement difficile, certaines femmes subissent le harcèlement sexuel sans rien dire.

« Avant, les femmes sollicitaient un accompagnement pour quitter leur emploi dignement et repartir avec des indemnités. Aujourd’hui, elles nous demandent comment garder leur emploi malgré la situation de harcèlement » a déclaré Marylin Baldeck au Figaro.

Dans ce même entretien, elle explique qu’il est cependant difficile de chiffrer ce genre de harcèlement, souvent tabou, avec en ligne de mire le risque de perdre un emploi en pleine crise économique.  Toutes ces remises en questions des droits fondamentaux découlent d’une politique d’austérité qui met l’accent sur le paiement de la dette à travers une refonte économie drastique. D’après une étude Oxfam, d’ici 2025, l’Europe comptera 15 à 25 millions de personnes pauvres en plus(il y en avait 120 millions en 2011).

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Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le revenu des 10 % les plus pauvres de la population est en moyenne neuf fois inférieur à celui des 10 % les plus riches au sein des États membres de l’Union européenne.  Pourtant, l’Islande a prouvé qu’en choisissant une alternative à l’austérité (le pays a choisi de ne pas rembourser la dette et de réinvestir l’argent dans sa propre économie) il était possible de retrouver une croissance positive tout en s’occupant des problèmes sociaux.

Le président Ólafur Ragnar Grímsson, en poste depuis presque 20 ans (ou 4 mandats, ou depuis deux décennies, ou depuis 1996, et qui n’a même pas eu de concurrent lors des élections de 2008, réelu en 2012 alors qu’il ne souhaitait pas se représenter) a souhaité écouter ses citoyens en leur demandant lors d’un référendum s’ils voulaient ou non rembourser la dette. Les Islandais ont dit NON à 59,1 % ce qui a surpris  le FMI.  En 2012, l’Islande a cependant commencé à rembourser ses dettes avec un peu d’avance. Son économie est repartie, sa croissance s’élevant de 3 %. Le chômage était à 4,2 % au premier trimestre 2015.

C’est sûr, lorsque l’on compare avec la politique menée en Grèce…La morale de cette histoire n’est-elle pas de laisser le peuple choisir son remède plutôt que de lui prescrire un générique ?

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