Photo by chloe s. on Unsplash

C’est une réflexion qui m’est venue sur le tard. Mais au fond elle germait en moi depuis un moment. Quand j’étais petite et que j’entendais qu’une femme devait prendre le nom de son mari, si elle se mariait avec un homme, je ne me sentais pas hyper à l’aise avec cette idée. Moi je l’aime bien mon nom de famille, pourquoi je devrais le quitter ?

Puis dans les conversations aux dîners de famille, quand j’entendais qu’on comptait combien de garçon pourrait faire « passer » notre nom de famille si jamais ils avaient des enfants, je m’étonnais aussi. Et moi ? Le fait qu’on en discute ouvertement devant moi, comme si je n’existais pas, et alors que si j’ai un enfant, à priori il passera quand même à travers mon corps, me révolte.

C’est donc dans ma prise de conscience féministe, que j’ai commencé à me questionner sérieusement sur toute cette histoire de changement de nom. Déjà, je me suis aperçue que c’était quand même bien enraciné dans la culture, et que, comme bien d’autres sujets purement sexistes, ça ne viendrait à l’idée de personne de questionner cette « loi » conservatrice et archaïque.

Je vais commencer par le mariage. J’ai mené ma petite enquête pour savoir ce qui avait fait que les femmes tronquaient une partie de l’identité pour se fondre dans leur rôle d’épouse.

Sans surprise, j’ai trouvé des éléments qui remontent à un temps lointain, le 19ème siècle, où le mari avait « des droits sur sa femme ». Le nom d’époux, « remplaçait » alors automatiquement le nom de naissance des femmes. Elles n’avaient pas de droits juridiquement et étaient désignées comme « incapables ».

« Psychologiquement, la réduction de deux noms à un seul parachève l’union des êtres. L’homme, en donnant son nom à celle qu’il aime, affirme sa possession. La femme, en faisant le sacrifice du sien, se fond davantage avec celui dont elle va partager sa vie. » (B. Offner, «Au jardin des?pseudonymes», Vie et langage, n° 58 à 116, 1957-1961). ‘Possession’, ‘sacrifice’, deux mots qui semblent quand même bien glauques et cyniques pour parler d’un mariage. Ceci dit, au niveau de la législation française, aucune loi n’exige que les femmes prennent le nom de leur époux. On est donc rassuré de savoir que ce n’est que par coutume et conservatisme que les femmes « sacrifient » leurs noms de famille pour se marier.

« Porter le nom du mari, pour être sûre d’être une femme, c’est porter sur la place publique la preuve de son mariage et les marques d’une affiliation à un autre. C’est faire allégeance à l’autorité imaginaire du précieux donateur. » (J. Clerget (sous la direction de), Le nom et la nomination, Toulouse, érès, 1990, p. 57.)

Évidemment, nous ne sommes pas obligées de nous marier ou même d’adopter le nom de famille de quelqu’un d’autre. Simplement il est difficile d’effacer cette coutume.

Pour ce qui est du nom de famille à donner aux enfants. Ça m’hallucine clairement de me dire que la plupart des mères sont les parents sollicités dans tout ce qui concerne leurs gamins : que ce soit au niveau de l’école, du comportement, etc, qu’en plus de ça, elles vivent quand même 9 mois de grossesse et expulsent des enfants de 4 kilos par leur vagin ou césarienne, mais qu’elles ne donnent pas (majoritairement hein, ceci est une vue d’ensemble) leur nom de famille à leurs enfants. Mais c’est du foutage de gueule. Donc oui, le fait que l’on ne me considère pas légitime à donner mon nom de famille à mes potentiels enfants m’indigne. Le fait qu’on en parle devant moi, sans me considérer, parce qu’après tout, je ne suis pas « concernée » par la question m’indigne.

Merde, si j’ai un enfant (biologique) un jour, il aura 50% de mon ADN et aura vécu 9 mois dans mon corps. Il sera fait d’une partie de moi, et il me semble logique qu’il prenne mon nom. Quitte à lui coller un trait d’union, je ne céderai pas à la coutume.

Le Monde publiait en 2015 un article intitulé « Donner le nom du père, une tradition quasi inébranlable ». Je propose qu’on ébranle cette tradition.

« Plus de 80 % des bébés nés en 2014 portent le patronyme de leur père. Une proportion qui monte à 95 % dans le cas des enfants issus de couples mariés », commence l’article. « Depuis la loi du 1er janvier 2005, les parents peuvent transmettre à leur enfant soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit les deux noms accolés dans l’ordre qui leur plaît. Les parents ont donc légalement des droits égaux, qu’ils soient mariés ou pas, à transmettre leur nom de famille. »


https://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu04678/la-loi-sur-la-transmission-du-nom-de-famille-et-comparaison-avec-d-autres-pays-europeens.html

D’après ce document d’archives de l’INA, changer cette coutume aurait donc été une « petite révolution » en 2005. Sauf que 15 ans après, on constate que la coutume perdure, même si la loi a changé.

À chaque bataille féministe, de nombreuses voix s’élèvent pour crier au scandale. La perte des sempiternelles traditions patriarcales donne des boutons aux conservateur.trices, qui pensent que le monde risque de s’effondrer.

Spoiler alert : ce n’est pas le cas, le monde tourne toujours, aussi mal certes, mais au moins, il est un peu plus juste.

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